Bien davantage qu’une expression qualifiant une pratique d’éducation des noblesses européennes, le Grand Tour est devenu depuis un demi-siècle une mode éditoriale, à laquelle la pratique du voyage dans l’Europe d’Ancien Régime est systématiquement reliée.
Véritable produit d’appel pour des lecteurs nostalgiques d’un art de voyager que le « surtourisme » aurait dramatiquement mis à mal, l’expression « Grand Tour » n’a pourtant quasiment jamais été utilisée par les voyageurs ayant parcouru l’Europe du XVIe au XIXe siècle. Entre la Renaissance et l’époque romantique, l’Europe du voyage s’est en vérité construite par l’implication de diverses couches sociales et par l’apprivoisement de multiples territoires, que le concept piège de Grand Tour ne permet pas d’appréhender.
Afin de faire face à cet empire du Grand Tour, les directeurs de ce livre ont réuni douze chercheurs spécialistes de l’histoire de l’Europe et de ses mobilités. Leursétudes révèlent combien les pratiques et les savoirs tirés du voyage sur le Vieux continent ont servi une approche critique de compréhension de la nature et des sociétés.
Le temps est venu en somme de s’affranchir du Grand Tour, pour comprendre comment l’Europe a vu le jour dans le coeur et dans les pieds des Européens.
Marion Amblard est maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Grenoble-Alpes (ILCEA4 & Pléiade).
Gilles Montègre est maître de conférences HDR en histoire moderne à l’Université Grenoble-Alpes (LUHCIE).
